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La religion tient dans l'armée, comme partout à
Rome, une place primordiale. De nombreux rites de guerre sont
exécutés au cours de l'année, soit pour mettre
la troupe en état de marcher, soit pour obtenir la victoire,
soit pour interrompre la campagne militaire.
Avant la campagne, au mois de mars (Mars est le dieu de la guerre),
on exécute d'abord la danse des Saliens : en souvenir du
bouclier sacré tombé du ciel dont Numa leur avait
confié la garde, les douze Saliens ("sauteurs")
voués au culte de Mars, exécutent publiquement une
danse guerrière, la "saltatio", rythmée
par un chant sacré. Le 15 mars, se déroule un rite
de purification des chevaux (Equirria) et, le 19 mars,
un rite de purification de l'armée (quinqutrus)
réunie au Champ-de-Mars : comme dans tout rite de purification,
on fait trois fois le tour de l'objet à purifier ; ici,
un suovetaurile
fait le tour de l'armée entière pour solidariser
tous les soldats. Vient enfin la purification des trompettes,
le 23 mars (tubilustrium).
La déclaration de guerre, confiée à un collège de diplomates, les féciaux, s'accompagne d'un rite magique ; le Pater Patratus, rendu aux confins du pays ennemi, y projette une lance trempée dans le sang en prononçant des imprécations rituelles.
Pendant la campagne, d'autres rites magiques accompagnent les opérations pour obtenir la victoire. Avant chaque bataille, le général consulte les augures et prend les auspices ; ce n'est que s'ils sont favorables qu'il harangue ses troupes et engage le combat. Après une victoire, les soldats remercient les dieux en élevant un trophée, c'est-à-dire en décorant un tronc d'arbre d'armes prises à l'ennemi.
À la fin de la campagne, en octobre, deux fêtes,
le 15 et le 19 octobre font écho aux rites des 15 et 19
mars qui ont ouvert la campagne.
Le 15, October Equus, la guerre est tuée symboliquement
: une course de chars est organisée et le cheval de droite
du char vainqueur est sacrifié sur le Champ-de-Mars ; son
sang est versé sur le foyer national. Du sang coagulé
est conservé pour les fordicidia de l'année
suivante : on le placera alors sur des tas de paille enflammés
que les jeunes Romains sauteront pour se fortifier.
Le 19 octobre, les armes sont purifiées : tous les crimes
de la guerre sont ainsi effacés.
On peut enfin parler d'une véritable "religion du drapeau" : les enseignes, considérées comme l'âme même de la formation militaire, et non pas seulement comme un symbole, sont l'objet d'un véritable culte ; jusqu'à Marius, chaque manipule à son signum, une hampe terminée par un fer de lance ; chaque corps de cavalerie a son fanion (vexilum) qui joue un grand rôle sur le champ de bataille. C'est Marius, avec l'aigle (aquila), qui a donné un emblème commun à la légion.