|
"Les Romains, disait Polybe, sont plus religieux que les dieux eux-mêmes". Les anciens Romains attachaient en effet une grande importance à l'observation rigoureuse des rites : une omission, une négligence les obligeaient à recommencer toute la cérémonie. Prières, voeux et sacrifices étaient les pratiques ordinaires des fidèles.
Tête couverte, tourné vers l'est, touchant l'autel ou les genoux de la statue dans l'attitude du suppliant, le fidèle répétait d'abord à voix haute les formules de la prière, lues par le prêtre afin d'éviter toute erreur. La prière se terminait par l'adoratio (baiser envoyé de la main gauche) ou la supplicatio (prosternation). Le fidèle pouvait aussi faire des voeux, c'est-à-dire faire des promesses à un dieu, comme de bâtir un temple, célébrer des jeux, offrir des sacrifices, des dons, les prémices des récoltes etc. On rédigeait parfois le voeu sur une tablette de cire attachée aux genoux de la statue.
Celui qui offrait un sacrifice devait d'abord se baigner et revêtir une robe blanche. Les animaux à immoler (victima pour le gros bétail, hostia pour le petit) devaient être sans tache. Ils étaient ornés de bandelettes (vittae), leurs cornes étaient dorées. Des serviteurs sacrés (popae) les tenaient par une corde sans tirer pour qu'ils donnent l'impression d'aller d'eux-mêmes au sacrifice. Avant le sacrifice, on plaçait sur la tête des victimes un gâteau spécial, fabriqué par les Vestales, de miel et de farine salée (mola salsa) ; on l'arrosait d'abord d'un vin préalablement goûté par le prêtre et l'assistance : c'était la libation (libatio) ; quand tout était prêt, un serviteur, le victimarius, demandait au prêtre «agone?». Le prêtre, la tête couverte d'un pan de sa toge, répondait : «hoc age». Le victimaire immolait alors la victime d'un coup de hache ou de couteau. Ceux qui participent au sacrifice portent ici des couronnes de laurier.
La bête proprement dépecée, les haruspices examinaient les entrailles, cependant que les chairs étaient partagées entre le prêtre, celui qui offrait le sacrifice et l'assistance. Si les entrailles faisaient bonne impression, on les brûlait sur l'autel. Sinon le sacrifice était à recommencer car les dieux ne l'agréaient pas.
Le suovetaurile (littéralement, "cochon, brebis, taureau") terminait en général une cérémonie de purification (lustratio) commencée par une procession (pompa) faisant trois fois le tour de l'objet à purifier.
Les sacrifices humains, très fréquents à l'origine, comme le montrent de nombreux mythes, disparurent dès l'époque royale mais ils resurgirent parfois, surtout en temps de crise : ainsi, sous la République, après la guerre de Pérouse, en 40 av.J.C., Octave aurait fait immobler plusieurs centaines de notables. Mais, d'une certaine manière, les sacrifices humains perduraient à travers les jeux du cirque qui revêtaient d'ailleurs souvent un caractère votif et dont le nombre s'accrut considérablement sous la République et plus encore sous l'Empire.
D'autres pratiques, apparues sous la République, sont beaucoup plus paisibles comme le festin offert à la statue d'un dieu couchée sur un lit (lectisterne) ou assise sur un siège (sellisterne)... Un lectisternium fut ainsi organisé en 217 avant Jésus Christ au temple des Consentes Dii en l'honneur des douze divinités suprêmes de la religion romaine : Jupiter et Junon, Neptune et Minerve, Mars et Venus, Apollon et Diane, Vulcain et Vesta, Mercure et Cérès.