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Le forum avec le Tabularium, au fond, le temple de Saturne, l'arc de Septime Sévère, la Curia et peut-être le Tulianum, la prison qui servait de lieu d'exécution
Lorsque Romulus fonda Rome, en 753 av. J.C., le forum n'était qu'une plaine marécageuse où les habitants des collines, ceux du Capitole, du Quirinal et du Palatin, enterraient leurs morts. Mais, par sa situation exceptionnelle au carrefour de deux routes, l'une longeant le Tibre, l'autre le traversant, l'endroit était propice à la création d'un lieu d'échanges commerciaux.
Dès le VII° siècle avant J.C., les Etrusques, qui vivaient au Nord de Rome, entreprirent l'assainissement et le pavement du sol : déjà, le système d'égouts romain, avec le fameux cloaca maxima, était créé et la vocation commerciale du forum s'affirmait avec la construction de nombreuses boutiques, les "tabernae".
A côté de sa fonction
commerciale, le forum accueillait également, dès
l'origine, des activités politico-religieuses avec la place
des Comices et le temple de Vesta.
Lorsque Rome chassa les rois étrusques et devint républicaine,
en 509 av. J.C., le nouveau régime accentua le caractère
religieux du forum primitif en construisant le temple de Saturne
et celui de Castor et Pollux mais ce n'est qu'après une
éclipse d'environ deux siècles, marquée par
des guerres incessantes, que le forum se développa pleinement.
Après la chute de la République, le vieux forum,
avec ses airs de place du marché et ses petites échoppes,
n'était plus à la hauteur des ambitions romaines
: désormais, Rome régnait sur un vaste empire et
il lui fallait une politique de travaux publics à sa mesure.
Les fonctions administratives et politiques prirent donc le pas
sur le commerce mais, alors que la politique et le gouvernement
étaient jusqu'alors des affaires publiques, impliquant
la totalité du peuple, ils devinrent en grande partie l'affaire
d'un seul. Avec César, qui se fait construire un
temple personnel sur le forum, le désir d'ostentation remplace
le souci de la chose publique et l'on voit fleurir les arcs de
triomphe impériaux et les bâtiments de propagande
des familles dirigeantes : Auguste et Titus firent construire
leurs arcs de triomphe et Vespasien se fit édifier un temple
; bientôt d'autres forums sortirent de terre, rivalisant
avec le vieux Forum Romanum : le forum d'Auguste, le forum de
Nerva et le forum de Trajan. Cependant les constructions ne cessèrent
pas sur l'ancien forum qui accueillit encore le temple d'Antoninus
et Faustina et le temple de Romulus, l'arc de Septime Sévère
et la basilique de Maxence.
L'Empire romain entraîna le forum dans sa chute ; devenu
simple carrière de pierres, il fut dépecé
par des générations de pillards qui firent main
basse sur les statues de bronze et sur les panneaux de marbre
tandis que l'Eglise s'appropriait quelques temples pour les transformer
en églises. Peu à peu les ruines furent envahies,
recouvertes par la végétation et le forum transformé
en pré où venaient paître les vaches ; il
devint ainsi au Moyen Age "il
Campo Vaccino", "le
champ des vaches", un motif
prisé des peintres dès le XVII° siècle.
L'image que nous en donne Corot, en 1826, reproduit fidèlement
quelques-uns des monuments les plus prestigieux de l'Antiquité,
au milieu des constructions de la Rome moderne mais elle est aussi
superbe d'harmonie et de lumière. Voici le commentaire
de la toile que l'on peut lire sur [Louvre.edu] :
Le Colisée vu des jardins Farnèse et Le
Forum vu des jardins Farnèse, peints durant le séjour
de Corot en Italie, révèlent ses motivations : peindre
fidèlement la nature, mais conserver le lien avec le paysage
classique. Peints en plein air durant de longues séances
solitaires et ensuite retouchés en atelier, ils font partie
d’une série de trois vues qui évoquent les
trois heures du jour, dans la manière des peintres nordiques
ou italiens des XVIIe et XVIIIe siècles (le troisième
tableau de cette série se trouve à la Phillips Collection
de Washington). Le parfait équilibre de la construction
et la luminosité qui permet un jeu de volumes sur les architectures
ont apporté à ces tableaux un grand succès.
[louvre.edu], texte de Vincent Pomarède